Chapitre 4 - Deux Benoît, un prince charmant (1er extrait)
Notre enquête avance, doucement mais sûrement. Nous nous rapprochons de plus en plus du but. Nous voilà lancées sur la trace de deux Benoît dont l’un doit être le prince charmant de Solenn. J’ai toujours aimé les romans policiers. J’ai lu un sacré paquet d’Agatha Christie et c’était pour moi un défi de trouver avant la fin qui était le meurtrier, en repassant méthodiquement les indices dans ma tête pour arriver à la bonne déduction. Donc mener l’enquête à la recherche de l’âme sœur perdue de Solenn est amusant et me fait sortir de mon train train quotidien.
On a deux adresses et deux numéros de téléphone donc plusieurs options s’offrent à nous. Deux en fait : soit nous leur téléphonons et leur demandons tout de suite s’il est le Benoît de la soirée et nous serons ainsi fixées immédiatement sur l’identité du prince charmant de Solenn, soit nous nous rendons chez eux afin d’être fixées, en vérifiant de visu, lequel est le bon.
Bien entendu, Solenn est toujours une adepte du « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » et donc du coup, on prend la voiture et faisons le tour de la ville à la recherche du fameux Benoît.
On se la joue un peu aux détectives privés ancienne école. Enfin nous sommes plutôt des caricatures de détectives. Nous avons mis nos lunettes de soleil, pris un bloc note et nos jumelles… Bref, nous avons toute la panoplie. Quand je vous disais que Solenn préférait toujours la difficulté : elle veut observer un peu sa proie dans son environnement naturel avant de passer à l’attaque. Elle veut bien connaître sa cible. Elle peut ainsi préparer sa technique d’approche et d’attaque. Aucune place à la surprise.
Nous commençons par l’adresse la plus proche de chez nous, ce Benoit habite dans le même quartier à deux rues de là où nous sommes, le 10 de la rue des plantes qui porte bien son nom d’ailleurs, toute la rue est bien fleurie. C’est une rue agréable, lumineuse et très colorée. Solenn s’imagine déjà y vivre dans une petite maison aux volets bleus avec son petit Benoît et leurs enfants… Solenn redescend vite sur Terre car malheureusement pour elle, la place de Madame Benoît a l’air déjà prise. Nous nous garons de l’autre coté de la rue, en face de la maison, lorsque nous voyons rentrer une voiture, une belle Mercedes noire métallisée de laquelle sort une grande blonde aux cheveux long très lisses, portant un tailleur de grande marque que l’on pourrait croire fait sur mesure (ce qui est peut être le cas d’ailleurs). La concurrence s'avère rude. D’autant que de la voiture sort aussi, un petit blondinet d’à peine 5 ans, complément à croquer. Je sens à ce moment-là, les espoirs de Solenn s’envoler en fumée. Benoît n’est sûrement pas l’homme de sa vie. Il a déjà trouvé sa moitié. Et Solenn, bien que toujours décidée à avoir tout ce qu’elle veut, a pour principe de ne jamais briser de couple, elle sait trop bien le mal que ça fait.
Nous attendons quand même que Benoît rentre du travail pour être vraiment sûres. Il y a quand même 50% de chance que ce ne soit pas le Benoît de Solenn. Et elle s’accroche à cette chance sur deux comme un alcoolique à sa bouteille. En attendant, nous observons avec admiration comment une mère cadre supérieure arrive à gérer de front une vie professionnelle d’ingénieur d’affaire et de mère modèle. C’est impressionnant de voir comment cette femme, en tailleur de grand couturier, une fois le travail terminé, peut chausser ses pantoufles et enfiler ses vêtements larges de maman gâteaux. Elle a l’air aussi à l’aise dans les deux domaines. C’en est écœurant. Elle fait tout avec une telle aisance : préparer le goûter, nettoyer la maison, repasser le linge… Tout est fait en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et bien fait !
De quoi donner des complexes à toutes les femmes du monde qui pour la plupart n’arrivent même pas à être parfaite dans l’un des deux domaines. Grrrrrrr.